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« Sur le fond la moitié des propositions du rapport Thiriez sont inspirées de positions de l’AATF »

L’interview de Clothilde Fretin-Brunet, 
Vice-Présidente de l’AATF et pilote sur le sujet de la réforme de la haute fonction publique pour l’AATF.

Quels sont les objectifs de l’AATF dans sa démarche de lobbying sur la reforme de la haute fonction publique ? 

Ils sont de 3 ordres :
1/ Participer à une entreprlse d’intérêt général qui consiste à entendre ce que disent les français sur la haute fonction publique et dans un exercice d’introspection, de lucidité et d’humilité, à en tirer les conséquences. C’est pour cela que nous, AATF, AAEENA et ADH, avons fait des propositions pour que les fonctionnaires recrutés ressemblent davantage à la société, qu’ils soient plus opérationnels, plus en prise avec le concret et que quelque soit leur versant d’origine ils travaillent davantage ensemble et contribuent ainsi à résoudre les fractures entre le pouvoir central, l’hôpital et les territoires

2/ Obtenir des avancées pour les fonctionnaires territoriaux notamment en matière de gestion des transitions professionnelles, de mobilité, d’amélioration des carrières et du marché de l’emploi. Et ce faisant continuer d’affirmer que les hauts fonctionnaires territoriaux, en étant partie prenante de cette réforme, sont sur un pied d’égalité avec les autres hauts fonctionnaires

3/ Mettre la réforme au service des élus locaux et de la décentralisation
Combien de fois avons-nous entendu que les élus locaux déplorent de ne pas être assez écoutés par le pouvoir central. En favorisant les mobilités entre les différents versant de la haute fonction publique, nous nous donnons la possibilité d’envoyer dans les administrations centrales, les opérateurs de l’Etat et dans les cabinets  ministériels, des  fonctionnaires territoriaux qui connaissent les élus locaux, maîtrisent les enjeux qui les concernent et peuvent relayer les intérêts qu’ils défendent

Pourquoi avoir fait des propositions communes avec l’association des anciens élèves de l’ENA et l’association des directeurs d’hôpital ?

Force est de constater que les hauts fonctionnaires des trois versants se connaissent peu. La reconnaissance mutuelle ne passe pas seulement par un cadre réglementaire facilitant. Elle passe aussi par des échanges, des rencontres et ici par un travail partenarial et une communication commune. Et puis à l’AATF nous avons la culture du travail collectif ! Jamais les représentants des 3 versants de la haute fonction publique n’avaient parlé d’une même voix. Nous avions le sentiment que cette initiative commune aurait du poids. Et cela a été le cas.

Êtes-vous satisfaite de la prise en compte de vos propositions par le rapport Thiriez ?

La lettre de mission de Frédéric Thiriez n’incluait ps explicitement les 3 versants de la fonction publique. Le rapport remis en février 2020 intègre pleinement les 3 versants dont la FPT. Parfois les acteurs du secteur public local se plaignent d’être des laissés-pour-compte des rapports gouvernementaux et commissions Je pense que grâce a l’action de l’AATF la dimension territoriale de la haute fonction publique a été pleinement intégrée.

Sur le fond la moitié des propositions du rapport sont inspirées de positions de l’AATF. Les 5 axes prioritaires retenus par le gouvernement pour sa mise en œuvre prennent en compte également la FPT. Mais rien est acquis ! Si sur l’égalité des chances nous avons le sentiment que les choses peuvent avancer et vite, sur la question du décloisonnement des 3 versants de la haute fonction publique et des mobilités Inter versants, il nous faudra faire assaut de conviction

On reproche à l’AATF son soutien inconditionnel au rapport, est-ce le cas ?

Lorsque le rapport reprend des propositions que nous défendons depuis plusieurs années comme la creation de la categorie A+ ou la fonction d’expert de haut niveau, on ne va pas faire  la fine bouche !
Mais nous avons aussi des points de divergence très forts avec ce que propose Frederic Thiriez. La fusion du cadre d’emploi des administrateurs territoriaux et des ingénieurs en chef ne nous paraît pas une bonne idée car il s’agit de métiers différents.

Le concours spécial pour réaliser une sorte de discrimination positive n’est pas non plus une solution de notre point de vue. Nous préférons amener des jeunes de quartiers difficiles, de la France rurale, au niveau du concours plutôt que de leur réserver une voie particulière d’accès  dont eux mêmes ne veulent pas

Il semble y avoir des dissensions dans le monde local, comment les appréhendez vous ? 

L’unanimisme intégral serait inquiétant ! A l’AATF nous aimons le débat en notre sein comme à l’extérieur. Depuis cinq ans nous jouons notre rôle d’aiguillon, d’agitateurs d’idées, nous versons dans le débat public des propositions audacieuses qui font bouger les lignes. C’est le mandat de nos adhérents et nous continuerons d’agir ainsi.

Nous avons proposé à tous les acteurs du secteur public local de discuter ensemble je ne doute pas qu’ils accepteront. Nous voulons convaincre que beaucoup de mesures sont bonnes pour les élus locaux et bonnes pour la décentralisation

Est il normal qu’un haut fonctionnaire territorial qui sera parti pendant quelques années en cabinet ou en direction d’administration centrale où il aura défendu les intérêts de la décentralisation, revienne dans sa collectivité de détachement, qui a appris à fonctionner sans lui, n’a pas de poste pour l’accueillir et devra intégralement assumer sa charge budgétaire ?

En offrant une régulation nationale de ces parcours le centre national de gestion est une solution idoine. Dans un autre registre, obtenir un accès pour les hauts fonctionnaires territoriaux au vivier des cadres dirigeants de l’État, à l’IHESP, aux grands corps, permettra que des connaisseurs de l’action publique locale relayent au coeur du pouvoir central les attentes des élus locaux.

On ne peut pas vouloir un brassage des hauts fonctionnaires et ne pas l’accompagner par des instruments juridiques adaptés.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Le travail interministériel s’organise, sous la houlette d’Olivier Dussopt. Un plan de diversification sociale et géographique du recrutement sera présente fin avril. Les mesures législatives  seront intégrées avant l’été aux ordonnances  de la loi TFP. Nous allons poursuivre notre travail partenarial de production, de sensibilisation, de conviction auprès de tous les acteurs concernés

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